Les autorails Michelin sur l'Etat

Mise à jour 20 janvier 2014 µ

Si aujourd'hui Michelin est connu pour ses pneumatiques, il n'en est pas de mème au début du 20eme siècle. Le pneu est utilisé sur les cycles depuis 1889. Les taxis de la Marne utilisent encore des bandages caoutchouc pendant la guerre de 1914.

C'est vraiment après guerre que le pneumatique commence à être utilisé sur les véhicules routiers.

Et pourquoi pas sur le rail? L'idée de Michelin est simple: un pneumatique pose sur le rail tandis qu'un flasque en acier maintient la roue sur la voie.

 

C'est à partir de 1929 que l'entreprise Michelin fait ses premiers essais de pneumatique sur rail. D'abord testé sur le réseau privé de la société à Clermont Ferrand, les essais sont poursuivis sur la ligne PO Saint Florent - Issoudun, jusqu'à la présentation officielle du prototype n°6. Mais à partir de 1931, la société Michelin est autorisée par le directeur du réseau de l'Etat, Rouel Dautry, à utiliser une portion de la ligne de Massy-Palaiseau - Chartres, entre Saint Arnoult en Yvelines - Coltainville.

Cette ligne située à proximité de Paris convient mieux à Michelin qui transfère son prototype et effectue d'autres essais, notamment avec les prototypes 5 et 9.

prototype Michelin type 9 en essai à Coltainville


C'est le 10 septembre 1931 qu'à lieu le premier essai en vrai grandeur sur une ligne de chemin de fer. Michelin teste son prototype n°5 sur la ligne Paris - Deauville. Le prototype, sur lequel le garde-boue avant a été démonté, est monté sur un chassis Hispano-Suiza et d'une carlingue d'avion Wibault. Il quitte la gare de Paris Saint Lazare à 10h30, et atteint Deauville à 12h44. Pauses comprises, les 220 km ont été avalés en un peu plus de deux heures, soit une moyenne de 107km/h.

 

Le prototype numéro 5 au départ de Paris.

 

En été 1931, Michelin poursuit ses essais sur un nouveau modèle à 24 places: les Michelines type 11 qui seront également testées sur la ligne Coltainville à Saint Arnoult.

Equipée d'un moteur Panhard de 95 CV, cet autorail sera livré en deux exemplaires à l'Etat qui l'immatricule ZZy 24201 et 24202

Une micheline type 11 de l'Etat

Les autorails type 11 ont toutefois deux inconvénients: un nombre de place limité et un seul sens de conduite, qui nécessite un retournement du véhicule.

Elles seront donc transformées ultérieurement pour la conduite en réversibilité. La cabine du tracteur type camion, sera remplacée par une cabine surelevée, et un inverseur est ajouté pour permettre le passage des vitesses dans les deux sens de marche. L'engin n'y gagne pas en esthétisme..

A partir de 1932, l'Etat loue quelques uns des véhicules disponibles chez Michelin: l'inesthétique type 12 et le type 14 qui sera notamment utilisé sur la ligne de Caen à la Mer. Ce véhicule est le premier véhicule réversible avec cabine de conduite surelevé. Il sera modifié très rapidement, car à l'origine l'ouverture des portes était génée par les passages de roues !

Autorail Micheli type 14 à Langrune (Calvados)

 

Aussi Michelin développe en 1933 le type 16. Ces nouvelles unités de seulement 7,3 tonnes à vide portées par deux bogies à trois essieux sont motorisés par un moteur à essence Hispano Suiza à 12 cylindres en V et sont équipés d'un poste de conduite placé sur la toiture.

L'Etat commande 19 autorails de ce type qui sont numérotés ZZy 24221 à 24239. Ils comportaient à 36 places, et pouvaient circuler en jumelage.

 

En 1933 arrive les Michelines type 17, reconnaissables à leur bogies à trois essieux et à l'arrière effilée. L'Etat achète deux modèles, immatriculés ZZy 24261 et 24262

A partir de 1934, Michelin développe des véhicules plus longs équipés de bogies à 4 essieux: le type 20 de 56 places. L'Etat commande deux véhicules de ce nouveau modèle qui sont immatriculés ZZy 24271 et 24272

Autorail Michelin type 20 du PO, semblable au matériel Etat ( coll JPVL)

 

En 1935, l'Etat complète son parc de 13 véhicules très similaires du type 21 et les immatricule ZZy 24273 à 24287.

7 nouvelles unités du type 22 seront commandés en 1936 et immatriculées ZZ 24288 à 24295.

Une nouvelle unité est acquise pour remplacer la ZZ 24271 type 20 incendiée en 1936.

 

Michelin lance le type 23: un nouvel autorail de 96 places. D'une longueur de 30,36m - non articulé - il est équipé de deux compartiments de 48 places chacuns, et d'un compartiment à bagages au centre du véhicule. L'ensemble est porté par un bogie moteur central à quatre essieux et deux bogies porteurs à quatre essieux. Le bogie moteur est motorisé par un moteur Panhard de 400CV de 12cylindres placé sur le bogie.

L'Etat se porte acquéreur de 2 exemplaires en 1936, qui seront immatriculés ZZ 24241 et ZZ24242

8 exemplaires supplémentaires seront mises en service en 1938 et immatriculés - brievement - ZZ 24261 à 24250.

En 1936, Michelin innove avec un autorail articulé de trois éléments. L'ensemble mesure 45,2m et porté par quatres bogies. Les deux bogies intermédiaires sont moteurs et entrainés par deux moteurs Hispano-Suiza de 250CV. Les moteurs sont disposés dans l'élément central, ce qui permet d'aménager 48 places de première classe dans un élément et 60 places de secondes dans l'autre élément. Un poste de conduite est présent à chaque extrémité. Les bogies extrèmes sont porteurs.

L'Etat en commande deux unités qui sont immatriculés ZZ 24211 et 24212.

 

En 1939, Michelin réalise une étude d'une automotrice électrique articulée en trois éléments. Cet appareil a circulé sur la ligne de Paris à Saint Germain et sur la ligne d'Auteuil.

(coll part.)

 

En 1939, 11 type 21 seront transformées en remorques d'autorails, et immatriculées ZZR 2602 à 2612

 


notes:

D'autres réseaux ont également adopté des autorails Michelin:

- le type 11 par le réseau de l'Est

- type 16 par l'Est et le Nord.

- type 20 par le PO

- des modèles adaptés à la voie métrique par les chemins de fer d'Outre mer ( Madagascar, Congo-Océan, AEF) puis les Chemin de fer du Mozanbique Portugais et le Yunnan.

 

Disons cependant que si le pneu permet d'avoir une bonne adhérence pour l'essieux moteur, il a l'inconvénient de ne permettre qu'une charge limitée par essieux, de l'ordre de 700 à 1100kg/pneu, d'où la nécessité d'avoir un nombre d'essieux importants. Or le coefficient de frottement s'applique aussi aux essieux porteurs. Voilà pourquoi la motorisation de ces engins était si forte malgré leur faible masse.

Notez que le terme "Micheline" a survécu au matériel, puisque ce terme était et est encore parfois utilisé par le grand public pour désigner les autorails. Il est possible que l'ancienne livrée rouge et jaune employée sur le parc autorail soit à l'origine de cette confusion, puisque le matériel sur pneus ne roule plus depuis longtemps..

 

pour en savoir plus:

Le matériel moteur de l'Etat, par L.M.Vilain

Independant du Rail numéro 183 aout 1979.

Loco revue n° 488: construction en H0 d'une Micheline type 11 Etat